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Décédé suite à une opération des amygdales (Cas tirés de la pratique de l'OSP) Version imprimable Suggérer par mail

Un jeune père est décédé parce qu'une hémorragie postopératoire n'a été stoppée correctement à temps. Malgré ce comportement erroné, le tribunal a déclaré le praticien non coupable.

MARGRIT KESSLER – Monsieur M. âgé de 28 ans est marié et père d'un petit enfant. Suite à des douleurs, il se fait opérer des amygdales dans un hôpital régional. Trois jours après l'intervention, alors qu'il est rentré chez lui, il a une hémorragie dans la région opératoire et il se fait réhospitaliser. Il subit deux opérations le même jour afin de stopper l'hémorragie. Très inquiète, l'épouse prie le médecin de transférer son mari au centre hospitalier. Pour des raisons inconnues, son souhait n'est pas exaucé. On peut imaginer qu'il y a eu un conflit entre l'épouse et le médecin puisque le souhait explicite de cette dernière est mentionné dans le rapport de soins. Le lendemain, une nouvelle hémorragie, particulièrement importante cette fois-ci, se déclare au niveau de l'artère et le patient perd plus de la moitié de son sang comme en témoignent les analyses de laboratoire. Pendant deux jours, il est pris en charge dans l'unité de surveillance. Les vertiges dus à ses valeurs sanguines basses l'empêchent de se lever. Souffrant de crise d'étouffement, il doit en outre être approvisionné en oxygène. Ce symptôme résulte également des valeurs sanguines basses.

Le patient est victime d'une lésion cérébrale grave

Le troisième jour, il est ramené dans sa chambre. Pendant la nuit, il se met à nouveau à saigner, mais ne parvient pas à activer la sonnette. Lorsque l'infirmière passe, elle trouve le patient couvert de sang. Peu de temps après, Monsieur M. est victime d'un arrêt cardiaque ; une fois réanimé, ses pupilles demeurent dilatées, signe d'une lésion cérébrale grave. L'hémorragie a de nouveau été stoppée en salle d'opération. Le patient est conduit en ambulance au centre hospitalier, mais continue de saigner pendant le trajet.

Au centre hospitalier, l'hémorragie est embolisée, c'est-à-dire que le vaisseau sanguin est fermé par administration médicamenteuse. Cette méthode aurait dû être appliquée dès la troisième fois pour stopper l'hémorragie. Il est incompréhensible que le médecin n'ait pas transféré plus tôt le patient et qu'il ait attendu que ce dernier se vide de son sang. Le dossier du centre hospitalier mentionne qu'aucune autre opération n'aurait pu être effectuée pour des raisons éthiques en cas de nouvelle hémorragie, le manque d'oxygène ayant trop endommagé le cerveau. Dans l'incompréhension totale de cette triste situation, la famille a pris plusieurs jours avant de consentir au débranchement du respirateur. Aucune autre hémorragie n'est apparue pendant cette période. Ceci montre bien que l'embolisation de l'artère saignante aurait pu être effectuée avec succès quelques jours auparavant sur un patient ne souffrant encore d'aucune lésion cérébrale.

Une expertise douteuse mène au non-lieu

L'intervention de la médecine légale a une fois de plus confirmé le fameux proverbe "Les loups ne se mangent pas entre eux". L'expert du tribunal écrit : "En résumé, Monsieur M. est décédé d'une complication connue – même si elle est très rare – immanente au traitement qui aurait pu à la rigueur être maîtrisée si tous les moyens diagnostiques avaient été utilisés. Par contre, on ne peut affirmer de manière absolue que la source de l'hémorragie aurait pu être parfaitement localisée avant l'incident fatal."

Pour la juge, cette déclaration a été suffisante pour déclarer le médecin non coupable bien qu'une autre expertise défendait un avis contraire. Il est grotesque d'affirmer que l'hémorragie de l'artère linguale n'aurait pas pu être stoppée avec certitude sur le patient avant sa lésion cérébrale. C'est en effet la seule chose qui ait été effectuée avec succès puisque le patient n'a plus saigné jusqu'à son décès. La déclaration de l'expert ne correspond donc pas à la vérité, ce que la juge aurait dû reconnaître.

Une fois de plus, ce cas tragique démontre que le comportement erroné d'un médecin, quel que soit son degré de gravité, est accepté par les juges. Quand la veuve de la victime, marquée par la perte de son mari et père de son petit enfant, déclare : "Je n'accepte pas ce qui s'est passé", on la comprend parfaitement. Une nouvelle jeune femme, fortement éprouvée, vient rejoindre les rangs de ceux qui ont perdu foi en notre système juridique.

 
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